La Clinique du sein au CHU Saint Pierre : depuis 1991… et toujours des projets
Dr. Fabienne Liebens
Coordinatrice de la Clinique du Sein
C’est en 1991, sous l’impulsion du Professeur Michel Degueldre que le premier Centre de Sénologie a vu le jour au CHU, dans le département de Gynécologie et Obstétrique. A l’époque nous voulions offrir une prise en charge multidisciplinaire aux femmes qui présentaient une pathologie du sein qu’elle soit bénigne ou cancéreuse.
La presse de l’époque nous avait compris puisqu’elle présentait notre nouveau service comme « Le service des femmes ». L’idée originale était de faire vite pour obtenir un diagnostic et surtout de réunir des radiologues sénologues dans les mêmes locaux de consultations que les gynécologues sénologues. Le concept était bon car nous avons montré que cette organisation diminuait l’anxiété liée à l’attente du diagnostic quand une anomalie du sein est découverte.
Ce mode organisationnel en unité de temps (faire vite) et en unité de lieu (tous les intervenants disponibles sur le même plateau de consultation), nous l’avons toujours conservé. Il est à la base de notre projet actuel de soins préventifs. Mais continuons notre histoire. Au cours des années nonante, l’équipe s’est étoffée, le nombre de cas a augmenté, et malheureusement les délais de rendez vous aussi et nous avons connu notre premier déménagement pour répondre correctement à la demande de plus en plus importante.
En 1992 une bourse de la Fondation Vésale qui soutient la recherche clinique au CHU, a récompensé un projet de recherche qui s’intéressait aux conséquences psychologiques et sociales de la découverte d’un cancer du sein et à la nécessité de leur prise en charge.
En 1995, nous avons développé une nouvelle technique de prélèvements des ganglions du creux axillaires par laparoscopie en collaboration avec une équipe de Clermont Ferrand. Cette expérience a été pionnière en Belgique. En utilisant cette approche pour des cas sélectionnés nous obtenions moins de risque opératoire, moins de douleur et moins de problèmes de « gros bras ». La technique de curage axillaire par laparoscopie dans le traitement du cancer du sein allait perdre de son intérêt début des années 2000, suite à l’introduction de la technique du ganglion sentinelle encore plus performante.
En septembre 2001, dans le cadre des journées découvertes-entreprises, furent organisées les Journées portes Ouvertes de la Clinique du Sein. Nous avions convié nos invités à nous rejoindre pour au moins 6 bonnes raisons : (1) S'informer sur la maladie, sur ses conséquences et sur les moyens dont nous disposons pour la combattre. (2) Comprendre le dépistage et la situation belge. (3) Rencontrer et faire connaissance avec nos principaux partenaires de la lutte contre le cancer : Europa Donna Belgium, la Fondation Belge contre le Cancer et Vivre comme avant. (4) Nous soutenir dans la nécessité de la prise en charge globale (technique et psychologique) des femmes, sans oublier le soutien de leur famille. (5) Signer notre livre d'or pour attribuer de vrais moyens à la prise en charge psychosociale dès l'annonce du diagnostic. Ceci est loin d'être une réalité dans notre pays pour toutes les femmes touchées par le cancer du sein. (Le livre d'or fut remis aux femmes et aux hommes du monde politique). (6) Rencontrer notre équipe.
Cette journée fut un réel succès et une expérience inoubliable pour beaucoup de ceux qui de près ou de loin y participèrent et plusieurs centaines de visiteurs nous ont soutenu. Une émission de la série « Pulsations » fut diffusée peu après par la RTBF. Elle montrait le parcours de soins de la clinique du sein du CHU en suivant plusieurs patientes pendant leur séjour. Cette émission intitulée « Parcours de combattantes » et réalisée par Anne Schiffmann mettait l’accent sur le rôle essentiel de la psychologue, des infirmières, des technologues, des infirmières sociales, des kinésithérapeutes, des secrétaires et des bénévoles de la clinique dans la prise en charge des femmes touchées par le cancer du sein et de leur famille.
Quelque temps après notre psycho-oncologue a pu être engagée par l’hôpital alors qu’elle faisait partie de la clinique depuis 1990. Son financement avait été jusque là pris en charge uniquement par le mécénat.
Parallèlement, au cours de la fin des années nonante, plusieurs membres de l’équipe ont rejoint avec certaines de nos patientes le Forum National Belge d’Europa Donna The European Breast Cancer Coalition. C’est lors d’une conférence de presse d’Europa Donna Belgium que le ministre de la Santé de l’époque, Franck Vandenbroucke a promis de mettre en route en Belgique, un dépistage organisé du cancer du sein, répondant à des critères de qualité. Ce fut en 2000, je crois.
En 2004, alors que j’étais présidente d’Europa Donna Belgium, l’association a organisé une remise des prix pour des personnalités belges à l’origine de projets et d’actions dans la lutte contre le cancer du sein. Voici un extrait du discours de la Princesse Mathilde qui nous fit l’honneur de remettre les prix aux cinq lauréats. Je cite : …« Je voudrais souligner l’importance d’une prévention adéquate qui est à mes yeux cruciale…Mieux vaut agir que réagir » et … « J’aimerais terminer en témoignant mon respect et mon admiration pour celles et ceux qui oeuvrent chaque jour sans cesse pour combattre cette maladie. Soyez assurés que votre combat est aussi le mien et que la sensibilisation à cette maladie me tient particulièrement à coeur. ».
Suite à cet évènement, le dossier du Programme de soins oncologiques spécialisés pour le cancer du sein a pris de la vitesse. Il était temps. Citons une résolution à la Chambre, un projet de loi au Sénat et un Arrêté Royal fixant enfin des normes et publié au moniteur le 26 avril 2007. Coïncidence…le lendemain, nous inaugurons le déménagement d’une partie de nos activités sur le site César De Paepe du CHU Saint Pierre dans de superbes locaux.
Un accord cadre, de nouvelles surfaces, la motivation de nos équipes et le soutien de nos directions du CHU et d’IRIS, représentaient un pré requis poursuivre le développement de notre Clinique du Sein et pour activer les différents axes du Projet Pilote Prévention du Cancer du Sein. Sans oublier deux récentes bourse de l’asbl-IRIS Recherche pour des projets qui associent des médecins du CHU Saint Pierre, de l’Institut Bordet et du réseau Iris et qui visent à améliorer l’intégration de la prévention dans le parcours de soins de la clinique du sein.



